SOMMAIRE

Le magazine
de la mutuelle
Air France

PRINTEMPS 2026

48

MON ESCALE DÉTENTE

DOCUMENT'AIR

La vitesse du son :
la frontière invisible

Dans l’imaginaire collectif, voler en avion rime avec vitesse. Pourtant, même les avions de ligne modernes, capables de traverser un continent en quelques heures, restent volontairement sous une limite bien particulière : la vitesse du son. Pourquoi cette barrière existe-t-elle ? Que se passe-t-il réellement lorsqu’on la franchit ? Et pourquoi l’aviation civile moderne préfère-t-elle rester juste en dessous ? Plongée dans l’un des phénomènes physiques les plus fascinants du transport aérien.

Une vitesse…
qui n'est pas fixe

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la vitesse du son n’est pas une valeur universelle. Elle dépend principalement de la température de l’air. Au niveau de la mer, dans une atmosphère standard, le son se déplace à environ 1 235 km/h. Mais à l’altitude de croisière des avions de ligne, autour de 10 à 12 kilomètres, l’air est beaucoup plus froid. Résultat : la vitesse du son y descend à environ 1 060 km/h. En aviation, on n’exprime donc pas la vitesse par un chiffre absolu, mais par un rapport appelé nombre de Mach :
  • Mach 1 = vitesse du son ;
  • Mach 0,85 = 85 % de la vitesse du son ;
  • Mach 2 = deux fois la vitesse du son.
La plupart des avions commerciaux volent aujourd’hui entre Mach 0,78 et Mach 0,85.

Pourquoi le mur du son est-il si particulier ?

Lorsqu’un avion avance, il crée des ondes de pression dans l’air, un peu comme les vagues produites par un bateau. À basse vitesse, ces ondes se propagent plus vite que l’appareil lui-même.

Mais à mesure que l’avion accélère, il commence à « rattraper » ses propres ondes sonores. À l’approche de Mach 1, l’air ne s’écoule plus normalement autour de l’appareil : des ondes de choc apparaissent.

Conséquences :

  • forte augmentation de la traînée aérodynamique ;
  • turbulences locales ;
  • contraintes structurelles importantes ;
  • changements du comportement des commandes de vol.

C’est ce phénomène qui a longtemps constitué le fameux « mur du son », franchi pour la première fois en 1947 par un avion expérimental militaire.

Le bang supersonique :
un obstacle majeur

Lorsque l’avion dépasse Mach 1, les ondes de choc se regroupent et atteignent le sol sous la forme d’une détonation : le bang supersonique.

Au sol, cela se traduit par :

  • une double explosion sonore ;
  • des vitres qui vibrent ;
  • parfois des dommages légers aux bâtiments.

C’est précisément ce phénomène qui a limité le développement du transport civil supersonique.

Le rêve supersonique de l'aviation commerciale

Dans les années 1970, l’aviation civile a pourtant franchi ce cap avec le Concorde. Capable de voler à plus de Mach 2, il reliait Paris à New York en environ 3h30.

Mais plusieurs contraintes ont freiné son développement :

  • consommation de carburant très élevée ;
  • bang supersonique ;
  • coûts d’exploitation importants.

Pourquoi les avions modernes restent subsoniques

Aujourd’hui, les avions produits par des constructeurs comme Airbus ou Boeing sont volontairement conçus pour voler juste sous la vitesse du son. Ce choix repose sur un compromis idéal entre trois facteurs.

  • L’efficacité énergétique : à partir de Mach 0,85 environ, la consommation augmente fortement pour un gain de temps relativement faible. Aller plus vite coûterait beaucoup plus cher pour seulement quelques minutes gagnées.
  • Le confort des passagers : le régime transsonique (proche de Mach 1) génère davantage de vibrations et de contraintes aérodynamiques.
  • L’impact environnemental : la réduction des émissions de CO₂ est devenue une priorité majeure du secteur aérien. Voler légèrement moins vite permet d’économiser des tonnes de carburant chaque jour à l’échelle mondiale.

Finalement, la vitesse du son n’est plus vraiment une barrière technologique pour l’aviation civile, c’est devenu un choix économique et environnemental. Ainsi, lorsque votre avion de ligne stabilise sa vitesse autour de Mach 0,82, il ne va pas « aussi vite que possible », mais exactement aussi vite qu’il est pertinent de le faire. Une frontière invisible continue donc de guider silencieusement les avions dans le ciel : non plus comme un défi à conquérir, mais comme l’équilibre parfait entre science, économie et expérience passager.

Cet article pourrait vous intéresser :